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Les derniers nomades d‘Europe



Carnet de route auprès des Tsiganes de France et de Suisse. Qui sont ces concitoyens et compatriotes méconnus et parfois incompris ? Comment vivent-ils leur culture et leurs différences au sein d’une société qui leur est souvent hostile ? Qui sont les Tsiganes (utilisés ici comme nom générique) et les gens du voyage qui résident à nos côtés ou nomadisent encore, avec leur passeport bleu-blanc-rouge ou à croix blanche ?

En Suisse, les Manouches, Sinti et Yéniches sont estimés à 35 000. Autant nombreux que les personnes parlant le romanche comme première langue, ils représentent une minorité souvent ignorée des autorités. Ils parlent pourtant leur propre idiome, ont des coutumes, des traditions et un mode de vie qui leur est propre : 5000 d’entre eux pratiquent toujours le nomadisme. Ces derniers ont le passeport suisse depuis plusieurs générations, ils paient leurs impôts, les primes d’assurances maladie et ils envoient leurs enfants à l’école… quelques mois par année. La religion est importante à leurs yeux. Evangélique ou catholique, elle guide les gens du voyage sur les routes d’Europe, de pèlerinage en pèlerinage.

Cinq reportages de Valérie Kernen, entre la Suisse et la France, réalisé par Monsieur T et présentés par Véronique Marti.

  • La fin du voyage ?

    Installé aux Saintes-Maries-de-la-Mer au Sud de la France, José est l’un des derniers fabricants de caravanes traditionnelles en bois. De sa voix chantante, il lève le voile sur de nombreuses traditions nomades et nous explique pourquoi il a cessé de voyager. Il s’est sédentarisé en Camargue, aux Saintes-Maries-de-la-Mer, un haut lieu de pèlerinage pour les tsiganes catholiques du monde entier. Mais ces visiteurs qui affluent par milliers durant le mois de mai ne sont pas toujours les bienvenus dans la commune …

  • La reine des gitans

    Chaque année au mois de mai, des milliers de caravanes affluent aux Saintes-Maries-de-la-Mer en Camargue pour participer au pèlerinage des gitans. En chantant, les pèlerins mènent à la mer la statue de Sainte Sarah, vierge noire vénérée par les tsiganes catholiques du monde entier. Parmi eux, une veille diseuse de bonne aventure qui lit le tarot et les lignes de la main. Elle nous explique ce que Sainte Sarah représente pour elle et comment elle a été initiée à l’art divinatoire.

  • Sédentarisation volontaire ou forcée

    A Arles, les membres de la famille des Gipsy Kings vivent dans des caravanes et des cabanons en tôle sur un terrain à côté de l’autoroute. Ils ont décidé d’abandonner le nomadisme et sont sur le point d’emménager dans des appartements, construits pour eux à proximité de leur terrain. Cette tendance à la sédentarisation n’est toutefois pas généralisée. En Suisse, les familles nomades ne semblent pas près de renoncer à leur mode de vie traditionnel. Pourtant, elles n’ont pas été épargnées par l’histoire.

    De 1926 à 1973, Pro Juventute a enlevé plus de 600 enfants Yéniches, Manouches et Sinti d’origine suisse dans le but « d’éradiquer le fléau du vagabondage ». Nous lèverons le voile sur cette page sombre et peu connue de l’histoire helvétique avec Mai Bittel, leader manouche et grand défenseur des gens du voyage. Il nous racontera comment, enfant, il s’est caché avec ses proches dans les forêts suisses pour éviter d’être arraché à sa famille et placé de force dans un orphelinat.

  • Des Suisses comme les autres ?

    En Suisse, la famille Bittel pose ses bagages durant l’hiver dans le canton de Genève, sur un terrain isolé de la commune de Céligny. Mali, brocanteur manouche et père de deux enfants, nous présente son lieu de vie temporaire, une clairière parsemée de caravanes. Il évoque les traditions méconnues de sa communauté mais aussi les difficultés nombreuses rencontrées par les derniers nomades de Suisse. Nous rencontrons aussi son oncle, un personnage attachant qui vit à Versoix, sur la seule place d’accueil permanente pour les gens du voyage en Suisse romande (2005).

  • L’école des nomades

    Vanessa, la femme de Mali vend des paniers en osier dans des villages au bord du Lac Léman. Elle fait du porte-à-porte dans des quartiers bourgeois, où ses deux enfants l’accompagnent parfois pour apprendre « l’art de la vente » et « les subtilités de la psychologie humaine ». Aujourd’hui, ils sont à l’école. Mais les jeunes nomades suivent une scolarité particulière puisqu’ils ne suivent les cours qu’en hiver, comme nous l’expliquera une de leurs professeurs.

 Tsiganes  | 2005