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Le pays au sud des nuages

Nichée au sud-ouest de la Chine, la province du Yunnan (qui signifie au sud des nuages) compte une densité de minorités ethniques hors norme. Cette région grande comme dix fois la Suisse héberge plus de la moitié des 56 minorités ethniques officiellement reconnues par le gouvernement. Dans ce carnet de route, nous partons à la rencontre de ces peuples aux traditions millénaires et multiples, si loin du cliché d'une Chine uniformisée par le communisme. Nous ferons la connaissance de Chinois ne parlant pas chinois et de femmes matriarches, sans mari mais pas sans hommes... Photo de Pierre-William Henry.

Une série de reportages de Valérie Kernen, réalisés par Monsieur T et présentés par Cyril Dépraz.

  • Kunming, la Cité du Printemps

    Kunming, une ville en reconstruction, où les gratte-ciels ultramodernes remplacent les bâtisses traditionnelles et les avenues, les ruelles étroites. Dans cette ville de 3,8 millions d'habitants, surnommé la Cité du Printemps, nous nous arrêtons sous un auvent de bois recouvert de végétation, où retraités, mendiants et artistes se retrouvent, dans un espace hors du temps, en plein centre-ville. Mais ce lieu préservé entouré de buildings est voué à disparaître, comme le quartier musulman où nous nous rendons. Nous y rencontrons une pâtissière, qui n'a pas sa langue dans sa poche et qui vit une relation à l'islam très surprenante pour nos oreilles d'Occidentaux...

  • Les habitants du village de pierre

    Nous partons à la rencontre des Naxi, une minorité ethnique de 300 000 personnes, ayant leur propre langue, une tradition chamanique incarnée par les Dongba et la dernière écriture à base de pictogrammes -comme les hiéroglyphes égyptiens anciens- encore utilisée de nos jours. Ces particularités attirent de nombreux touristes chinois, notamment à Lijiang, surnommée la « petite Venise orientale » avec ses canaux, ses ruelles étroites et ses lanternes rouges, une cité inscrite au patrimoine mondiale de l'UNESCO.

    Nous quittons cette effervescence touristique pour nous rendre à Baoshan, le « Village de pierres », situé à sept heures de camion au Nord de Lijiang. Dans cette cité fortifiée perchée sur un rocher et surplombant le fleuve Yangtze, nous faisons la connaissance de Xu Khehao, un vieux chinois édenté tout appliqué à célébrer ses ancêtres. Nous rencontrons aussi Monsieur Mu, qui sèche de la viande de porc dans sa cave et Madame Re drapée dans ses habitats traditionnels naxi. Un village peu ordinaire où l'on arrête le vent à coups de canon et fait venir la pluie en priant autour d'un puits.

  • Au royaume des filles (1/2)

    Nous nous arrêtons au coeur de la société matrilinéaire Mosuo, considérée comme un sous-groupe de la minorité naxi, dans le petit village de Dzebo au pied de la montagne du Lion. Nous sommes dans la cuvette de Yongning (à 2700 mètres d'altitude) entourés de hautes montagnes et à une petite heure de route cabossée du magnifique lac Lugu qui fait frontière avec la province du Sichuan et qui attirent de plus en plus de touristes chinois. Dzebo, plus isolé, est un petit village d'une centaine de familles, sans eau courante ni latrines. Nous avons été hébergés durant une semaine par une famille de cette communauté aux moeurs très particulières... uniques au monde selon les ethnologues.

    Chez les Mosuo, les couples ne vivent en principe jamais ensemble. Chaque partenaire reste dans la maison de sa mère, avec ses frères et soeurs. Durant la nuit, les hommes retrouvent leur femme dans leur chambre et repartent avant le lever du jour. C'est ce qu'on appelle une « visite furtive ». Si la relation s'officialise, le mari - ou l'amant - n'aura plus à se cacher et fera des visites dites « ostensibles ».

    Dans le village, nous rencontrons l'honorable Juan Ku Tai Ku Lamu, une femme de 89 ans à la tête d'une lignée de 5 générations... Nous entendons aussi les confidences de Taiwa Ni Ma, un jeune homme de 18 ans qui nous explique comment il entre dans les maisons des belles qu'il courtise. Pour lui, il n'y a pas de doute : chez les Mosuo, il vaut mieux être une femme...

  • Au royaume des fllles (2/2)

    Les habitants du petit village mosuo de Dzebo vivent selon une tradition matriarcale ancestrale mais leur culture est aussi fortement influencée par le Tibet, tout proche. Tous les matins, on y boit le fameux thé au beurre de yak dans des cuisines de type tibétain avec un foyer à même le sol et un autel pour les offrandes. Les fils des familles sont régulièrement envoyés dans des monastères pour devenir lama, dès leur plus jeune âge... à l'instar de Tze Jon Pin Tzo, un jeune moine, rencontré un soir dans la discothèque improvisée du village. Il est parti au Tibet à l'âge de 9 ans et il est rentré « pour aider les gens grâce à ses prières ».

  • A la recherche des femmes aux pieds bandés

    La Province du Yunnan est aussi le lieu où vivent les dernières « femmes aux pieds bandés » de Chine, cette douloureuse tradition ayant perduré dans cette région plus longtemps qu'ailleurs. De nos jours, ces grands-mères glissent leurs petits pieds estropiés dans des chaussures faites sur mesure... leur pointure ne dépassant parfois pas celle d'un enfant de trois ans. Agée de 96 ans, Tzang Djin Nian nous raconte ce qu'elle a vécu, ses pieds d'une douzaine de centimètres étaient trop longs pour pouvoir conclure un « beau mariage ». Cette femme pleine de vie habite dans les environs de Tonghai, à quelques heures de route au sud de Kunming.

    Avant de la rencontrer, nous nous arrêtons en chemin dans le village de Xingmeng habité par une minorité mongole, éloignée de plusieurs milliers de kilomètres des grandes steppes du Nord. Les habitants de cette communauté de 5400 âmes vivent dans le sud de la Chine depuis plus de sept siècles, ils sont les descendants directs des soldats mongols qui ont conquis et dominé l'Empire du Milieu de 1206 à 1368. Ils ont gardé de cette époque une langue, un costume et des traditions propres. Mais aussi une très grande fierté...

 Chine | 2007